|
Depuis plus de 10 ans, différents articles et enquêtes confirment dans l’île de la Réunion la prévalence élevée des grossesses avec alcoolisation nocive (plus de 5%) avec comme conséquence un nombre important d’ enfants porteurs d’un SAF (au moins 5 pour mille naissances), et surtout d’enfants porteurs des EAF (Effets de l’Alcool sur le Fœtus). L’alcoolisation fœtale est de loin la première cause des déficiences intellectuelles dans le Sud de la Réunion. Alors qu’un grand nombre de déficiences ne sont pas prévisibles, le SAF peut être évité à condition que les grossesses ne soient pas alcoolisées .
Quand nous savons les difficultés de trouver des places disponibles dans les structures d’éducation spécialisées pour les enfants porteurs d’un handicap et le coût financier d’un enfant porteur d’un SAF (de 1 à 5 millions d’euros selon les degrés d’atteinte), nous nous devons de développer des stratégies de prévention plus efficace.
Au delà de ces enfants porteurs d’un SAF et de leurs mères malades de l’alcool, c’est toute la famille, souvent tout un quartier à haut risque médical, social, psychologique et éducatif, qui est en marge de la société et source de handicaps et d’inadaptations. Se préoccuper de ces enfants dans leur environnement aboutit en dehors de la déficience à lutter contre l’exclusion, la précarité et la délinquance d’un grand nombre de personnes.
Dès 1996, la prévention du SAF est inscrite comme une Priorité Régionale de Santé dans le cadre du Programme Régional de Santé (PRS). Différentes actions de prévention sont développés et coordonnées par la DRASS (campagnes télévisées d’informations sur le SAF intitulées « l’alcool pendant la grossesse, parlez-en à votre médecin », sensibilisation des professionnels de santé par des formations, envois de dépliants et affiches et la diffusion d’un prospectus sous forme d’une bande dessinée dans les classe de 4eme du département .
Malgré cela, le Centre d’Actions Médico-Sociales Précoces (CAMSP) du Sud de La Réunion qui assure le dépistage et le suivi de tous les enfants de 0 à 6 ans, à risque ou porteurs de déficiences répertorie toujours autant d’enfants nés de mères malades de l’alcool. Ces enfants représentent 10 % de leur file active. Nous constatons que, malgré l’amélioration des dépistages et la sensibilisation du grand public, nous sommes en échec pour éviter les récidives lors de nouvelles naissances. Ce sentiment d’échec nous est d’autant plus insupportable que ce handicap pouvait être évité à condition que les grossesses ne soient pas alcoolisées .
Durant 3 années, parallèlement à la prise en charge des enfants porteurs d’un SAF, l’équipe du CAMSP de St LOUIS propose un espace de parole et de valorisation des mamans malades de l’alcool sous forme d’ateliers. L’écoute des mamans et de leurs familles nous permet mieux comprendre leurs itinéraires de vie. Beaucoup de souffrance, de violence, de rupture, de solitude, d’insécurité, de non-dit ont émaillé leurs vies, souvent des leur petite enfance. L’alcool, facile d’accès, s’inscrit dès l’adolescence parfois plus tôt comme un échappatoire face à l’incompréhension et l’isolement social . Malheureusement, le regard moralisateur et les tabous de notre société vis à vis de la femme alcoolique en renforçant culpabilité et honte, l’emprisonne et la marginalise un peu plus. Dans ce contexte de dépendance, la survenue d’une grossesse ne fait qu’aggraver cette image négative . Elles en arrivent à cacher le plus longtemps possible leur grossesse et dénient leur alcoolisation inconcevable dans cette période privilégiée. Déclaration tardive, mauvais suivi de grossesse, ne font qu’empirer la situation, aggraver les déficiences de leur enfant qui leur sera le plus souvent retiré dès la naissance.
> Suite de l'article
|